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Ca chauffe pour les vignerons |
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Rechauffement climat
Changements
climatiques : Une révolution des pratiques pour le vigneron
indépendant ?
2ème
Journée technique Innovation & Technologie -
Vignerons Indépendants de France
Jeudi 6
décembre 2007 à Artigues
Pourquoi une
journée technique sur l’évolution
climatique ?
L'évolution climatique fait l’objet de
prédictions quelques fois radicales: un
réchauffement prenant des ampleurs telles qu’on
envisage une délocalisation complète des AOC ou
encore une désalcoolisation systématique des vins
pour conserver des degrés conformes avec la demande du
marché.
Confrontés à toutes ces informations, les
Vignerons Indépendants de France ont voulu
répondre aux préoccupations majeures
liées au climat :
- Quels sont les éléments concrets qui
définissent l'évolution climatique, et quels sont
les paramètres qui peuvent influencer le cycle
végétatif de la vigne ?
- Quelles sont les conséquences d'ores et
déjà constatées sur la physiologie de
la vigne et la qualité des raisins et quels sont les points
sur lesquels il faudrait avoir une vigilance particulière ?
- Quelles sont les solutions raisonnées et
raisonnables, pragmatiques et adaptées tant sur le plan de
la conduite du vignoble que des opérations
œnologiques qui peuvent être envisagées
?.
Cette 2nde journée technique Innovation &
Technologie a été l’occasion de
clarifier la situation, avec les témoignages de :
- Joël ROCHARD de l’Institut
Française de la Vigne et du Vin
- Olivier SEPVAL de la société
VITIVISTA à Puy l’Evêque
- Lilian BACHELLERIE du cabinet Chrysope
- Jean-Christophe CRACHEREAU de la Chambre
d’Agriculture de Gironde
- Et des références aux
témoignages recueillis à l’occasion
d’EUROVITI à Montpellier :
- Marc DUBERNET du Laboratoire DUBERNET à Narbonne
- François MURISIER de la Station de Recherche de
Changins (Suisse) et Président du groupe viticole de
l’OIV
Cette note de synthèse a été
réalisée sur la base des témoignages
recueillis à l’occasion de cette
journée technique, complétée des
éléments bibliographiques des cahiers techniques
2007 du 16ème colloque viticole et œnologique
EUROVITI (Novembre 2007).
- Bernard SEGUIN (INRA Avignon – France) : les
hypothèses d’évolution du climat pour
les principaux vignobles.
- Gregory JONES (Université Oregon –
USA) : Changement climatique de la planète et production de
vin.
- Joël ROCHARD (IFVV – France) :
Évolution du cycle végétatif et des
dates de récolte.
- François MURISIER (Station de Recherche de
Changins - Suisse) : Implication sur la conduite de la vigne.
- Jean-Christophe PAYAN (IFVV – France) :
Contrôle du stress hydrique pour la gestion de
l’irrigation en viticulture.
- Michel MOUTOUNET (IHEV de Montpellier – France) :
Les nouvelles technologies de réduction de la teneur en
éthanol et du pH du vin.
- Antonio PALACIOS (Université Rioja –
Espagne) : Évolution de la flore microbienne et gestion des
fermentations.
- Marc DUBERNET (Laboratoire Dubernet à Narbonne
– France) : Les conséquences pratiques pour le
vinificateur.
Ce
que l’on peux retenir
- Les éléments concrets qui
définissent l'évolution climatique
La température : tendance à
l’augmentation des températures moyennes de
l’année
Les régimes des précipitations :
- des pluies plus fortes et plus concentrées
- des périodes sans pluies sur des
périodes plus longues
- Principales conséquences de
l’évolution climatique sur la vigne et les raisins
- Conséquences sur le cycle
végétatif de la vigne : la
précocité
- Conséquences sur la qualité des
raisins, des moûts et des vins : perturbation sur
l’équilibre
Les principales conséquences relevées ces
dernières années sur la qualité des
raisins et des moûts :
- une augmentation des degrés
alcooliques potentiels
- une baisse de l’acidité
totale (et une augmentation du pH)
- une perturbation de la synthèse des
composés phénoliques en fonction des
années.
- une évolution
décalée des critères de
maturité avec découplage des maturités
alcooliques, aromatiques, phénoliques et taniques.
Le pH élevé va avoir plusieurs
conséquences, notamment en favorisant le
développement d’un plus large spectre de
micro-organismes :
- Allié à une augmentation des
degrés alcooliques potentiels, les Brétanomyces
sont avantagées au détriment de Saccharomyces, la
levure naturelle des fermentations alcooliques
- Le pH élevé favorise
également le développement des
Brétanomyces au détriment des
bactéries lactiques lors des fermentations malolactiques
- Le pH élevé diminue la part active du
SO2 vis-à-vis de la protection microbiologique des vins
- Le pH élevé réduit le
tampon redox du vin
Enfin, l’absence de froid naturel en hiver dans les chais va
rendre plus difficiles les stabilisations tartriques des vins.
- Solutions raisonnées et raisonnables
à envisager dans la conduite du vignoble et les
opérations au chai
Conduite du vignoble :
retarder le cycle végétatif de la vigne
Allonger le cycle végétatif de la vigne afin de
maîtriser la précocité des
maturités en évitant que celles-ci
n’interviennent trop tôt dans
l’été. L’accumulation de
plusieurs actions peut être envisagé :
- l’adaptation des techniques de conduite du
vignoble :
- diminution du rapport feuilles /fruits ;
- gestion raisonnée du potentiel de rendement ;
- limitation du défeuillage du cordon de raisin ;
- la modification structurelle du vignoble à
l’avenir
- réduction de la densité de plantation
;
- adaptation du matériel
végétal ;
Maîtriser un stress hydrique trop important de la vigne afin
d’éviter les risques de blocages de
maturité et les éventuels arrêts
d’alimentation de la vigne. Plusieurs pistes sont
à envisager :
- Augmenter la capacité de rétention en
eau des sols ;
- Limiter les déperditions d’eau ;
- Limiter l’évapotranspiration de la
vigne ;
- Irriguer la vigne ;
Conduite du chai :
- Diminuer le pH des vins :
- Acidification des vins
- Abaissement du pH par la technologie soustractive
- Éliminer le sucre des moûts ou
l’alcool des vins par la technologie soustractive
- Réduction de la teneur en sucre des
moûts
- Désalcoolisation des vins
- Faire ressortir le caractère fruité
des vins macération pré fermentaire à
chaud
- Limiter le degré d’alcool en utilisant
des levures à faible rendement
Pour en savoir plus
1- Les
éléments concrets qui définissent
l'évolution climatique
2 variables ressortent dans l’évolution du climat
: la température et le régime des
précipitations.
La température
:
Le Constat : toutes les mesures faites depuis 1900
montrent une tendance à l’augmentation des
températures moyennes de l’année,
Dans le cas de la région bordelaise, les relevées
des 30 dernières années indiquent une
évolution très nette des sommes de
températures annuelles.
Les études
prospectives :
- Pour l’avenir, toutes les prévisions
et études prospectives concluent à la poursuite
de l’augmentation moyenne des températures
annuelles.
- Les divergences apparaissent sur l’amplitude de
cette augmentation : les scénarios pour la fin du
siècle (2100) vont d’une augmentation de
1,5°C à 5°C de la température
annuelle moyenne.
- Ces différences s’expliquent par
l’incertitude qu’à la
communauté scientifique sur la capacité de la
population mondiale à maîtriser ou non ses
émanations de gaz à effet de serre.
Les régimes
des précipitations :
Il est difficile de déterminer s’il y a une
tendance allant dans le sens d’une augmentation ou au
contraire d’une baisse des précipitations moyennes
annuelles. En revanche, il semble que l’on se dirige vers des
évolutions du type :
- des pluies plus fortes et plus concentrées
- des périodes sans pluies sur des
périodes plus longues
2- Principales
conséquences de l’évolution climatique
sur la vigne et les raisins
L’évolution climatique touche aussi bien le cycle
végétatif de la vigne que les
caractéristiques physico-chimiques des raisins et des
moûts.
- Conséquences
sur le cycle végétatif de la vigne : la
précocité
► Ce qui faut retenir :
L’évolution climatique aboutie à un
cycle végétatif de plus en plus court, avec des
stades phénologiques plus précoces dans
l’année. Cette précocité est
plus ou moins marquée en fonction des cumuls de
températures tout au long du cycle
végétatif et des éventuels blocages
végétatifs en cas de températures trop
élevées ou stress hydriques trop importants.
► Pour en savoir plus :
Ce raccourcissement du cycle végétatif est
particulièrement visible sur
l’évolution des dates de vendanges qui sont de
plus en plus précoces. Cette précocité
est particulièrement prononcée depuis la fin des
années 1980.
Les travaux réalisés dans le cadre du projet
ARVICLIM permettent d’établir une
corrélation très précise entre la
température moyenne pendant le cycle
végétatif et les dates de vendanges. Ainsi, 1
degré moyen supplémentaire abouti à
une avancée de 10 jours de la date de récolte.
- Conséquences
sur la qualité des raisins, des moûts et des vins
: perturbation sur l’équilibre des
composés du raisin
► Ce qui faut retenir :
Les principales conséquences relevées ces
dernières années sur la qualité des
raisins et des moûts :
o une augmentation des degrés
alcooliques potentiels
o une baisse de
l’acidité totale (et une augmentation du pH)
o une perturbation de la
synthèse des composés phénoliques en
fonction des années.
o une évolution
décalée des critères de
maturité avec découplage des maturités
alcooliques, aromatiques, phénoliques et tanniques.
Le pH élevé va avoir plusieurs
conséquences, notamment en favorisant le
développement d’un plus large spectre de
micro-organismes :
o Allié à une
augmentation des degrés alcooliques potentiels, les
Brétanomyces sont avantagées au
détriment de Sacharomices, la levure naturelle des
fermentations alcooliques
o le pH élevé
favorise également le développement des
Brétanomyces au détriment des
bactéries lactiques lors des fermentations malolactiques
o le pH élevé
diminue la part active du SO2 vis-à-vis de la protection
microbiologique des vins
o le pH élevé
réduit le tampon redox du vin
Enfin, l’absence de froid naturel en hiver dans les chais va
rendre plus difficiles les stabilisations tartriques des vins.
► Pour en savoir plus :
Augmentation des
degrés alcooliques potentiels
Depuis plus de 20 ans, on constate une augmentation de la richesse en
sucres des moûts et ceci, dans toutes les régions
viticoles de France. Le graphe suivant est une illustration
évidente de cette augmentation pour un
échantillon constant de 1 million d’hectolitres
produit en Languedoc Roussillon entre 1984 et 2006.
L’augmentation moyenne est de 1,8° d’alcool
potentiel, passant de 11,2° à 13° de moyenne
en 22 ans. Cette augmentation est sans doute liée
à différents facteurs (baisse des rendements,
amélioration des façons culturales, optimisation
des maturités) mais la somme de ces
éléments n’explique pas à
eux seuls cette augmentation du degré potentiel.
D’autant que cette augmentation se fait
parallèlement à une avancée
très significative des dates de vendanges.
Baisse de
l’acidité totale et augmentation du pH
La baisse de l’acidité est un constat qui est fait
sur l’ensemble des vignobles de France.
Le graphe suivant est une illustration de cette baisse. Sur le
même échantillon constant de 1 million
d’hectolitres produit en Languedoc Roussillon entre 1984 et
2006, on note une baisse significative de
l’acidité totale, qui passe de 3,9 g/l de H2SO4
à 3,25 g/l de H2SO4 sur les 20 dernières
années.
Perturbation de la
synthèse des composés phénoliques en
fonction des années.
Il y a 2 facteurs ayant des conséquences inverses sur la
qualité et la richesse en composés
phénoliques des raisins :
- les stress hydriques en période
végétative (dans la limite d’un
non-blocage de l’activité
végétale) sont un facteur favorisant la richesse
en composés phénoliques ;
- en revanche, une maturité des raisins qui arrive
trop tôt dans l’année est
défavorable à la synthèse des
composés phénoliques et notamment des anthocyanes
(à cause du manque d’amplitude de
température jour / nuit suffisamment importante)
La tendance générale est à une
précocité de plus en plus importante des dates de
vendanges ; en conséquence le vigneron sera de plus en plus
confronté à des raisins pauvres en
composés phénoliques.
Evolution
décalée des critères de
maturité avec découplage des maturités
alcooliques, aromatiques, phénoliques et tanniques.
La maturation est une somme de processus qui se réalisent en
parallèle, et dont les principaux critères sont :
- le degré potentiel alcoolique,
- le niveau d’acidité,
- le niveau de composés phénoliques,
notamment les anthocyanes et flavones
- le niveau de tanins et leur qualité
- le niveau de composés aromatiques
présents dans les grains, soit sous forme libre
(terpénols) soit sous forme fixée
(précurseurs d’aromes).
Tous ces éléments vont participer à la
couleur, la structure, l’astringence, le potentiel de
conservation. Un déséquilibre, une absence, ou
une mauvaise qualité de ces composés vont
participer aux défauts des vins : amertume,
dureté, maigreur.
La maturité optimum est déterminée en
prenant en compte l’ensemble de ces critères :
l’analyse du degré potentiel et de
l’acidité totale, la dégustation des
baies pour apprécier la maturité
phénolique et l’observation et la
dégustation des pépins pour apprécier
la qualité des tanins. La date de vendange est
déterminée au croisement de l’optimum
de maturité sur ces différents
critères. En année normale, il y a
corrélation des optimums.
En année chaude, comme 2003, on constate un
découplage des maturités. En années
où les moyennes de température pendant le cycle
végétatif sont plus
élevées, la maturité du
degré alcoolique et aromatique est très
précoce, et la maturité des pépins
(tanins) est plus lente.
En conséquence, la programmation de la date des vendanges
nécessite de faire un choix entre une maturité
optimum de l’un des critères au
détriment d’un autre. Ce
phénomène est particulièrement
observé sur des cépages
réputés précoces dans la
région où ils sont cultivés, comme le
merlot pour la région Bordelaise.
Augmentation du spectre
de micro-organismes indésirables susceptibles de se
développer dans les vins et perte
d’efficacité du SO2 actif
L’évolution climatique aboutie a des raisins ayant
des potentiels alcooliques et des pH de plus en plus
élevés. Or, plus le pH augmente, et plus
l’éventail de micro-organismes susceptibles de
coloniser et se développer dans les moûts et les
vins est large. Ainsi, le milieu offert par les moûts et les
vins a fortes teneurs en alcool et les pH élevés
favorisent les Brethanomices au détriment des Saccharomyces
en phase de fermentation, et au détriment des
bactéries lactiques en phase de fermentation malolactiques.
En outre, la part de SO2 actif est directement liée au pH du
vin. Ainsi, plus le pH est élevé, moins
l’activité de protection contre les
micro-organismes du SO2 sera efficace.
3- Solutions
raisonnées et raisonnables à envisager dans la
conduite du vignoble et les opérations au chai
L’évolution du climat est une certitude. Elle est
principalement caractérisée par une augmentation
des températures moyennes dans les années
à venir. En outre, il y a de très fortes
suspicions concernant une perturbation du régime des
précipitations. En conséquence, il est
nécessaire d’envisager une adaptation de certaines
pratiques, tant au vignoble qu’au chai. Des pratiques, qui
peuvent se justifier sur le plan technique, sont susceptibles
d’être non compatibles avec les dispositions de
certains décrets de production, certains projets de cahier
des charges élaborés dans le cadre de la
réforme des agréments, ou encore la
réglementation viti-vinicole européenne. Une
harmonisation du cadre réglementaire est sans aucun doute
indispensable pour permettre une évolution des pratiques
autorisées tant à la vigne qu’au chai.
Conduite du vignoble :
retarder le cycle végétatif de la vigne
► Ce qui faut retenir :
Dans le contexte de l’évolution climatique
(augmentation des températures et modification des
régimes de précipitation), la conduite du
vignoble doit s’intéresser à :
Allonger le cycle
végétatif de la vigne afin de maîtriser
la précocité
des maturités en évitant que celles-ci
n’interviennent trop tôt dans
l’été. L’accumulation de
plusieurs actions peut être envisagé :
- l’adaptation des techniques de conduite du
vignoble :
- diminution du rapport feuilles /fruits ;
- gestion raisonnée du potentiel de rendement ;
- limitation du défeuillage du cordon de raisin ;
- la modification structurelle du vignoble à
l’avenir
- réduction de la densité de plantation
;
- adaptation du matériel
végétal ;
Maîtriser
un stress hydrique trop important de la vigne afin
d’éviter les risques
de blocages de maturité et les éventuels
arrêts d’alimentation de la
vigne. Plusieurs pistes sont à envisager :
- Augmenter la capacité de rétention en
eau des sols ;
- Limiter les déperditions d’eau ;
- Limiter l’évapotranspiration de la
vigne ;
- Irriguer la vigne ;
► Pour en savoir plus :
Allonger le cycle végétatif de la vigne en
adaptant les techniques engagées au vignoble
Sur le plan de la conduite du vignoble, il n’existe pas une
solution « miracle » simple à mettre en
œuvre et facile à maîtriser permettant
de contrecarrer les effets de l’évolution
climatique. Néanmoins, il est possible d’appliquer
une somme de petites actions cumulées qui permette de
retarder le cycle végétatif de la vigne, pour
autant que les conditions de l’année le
nécessitent, tout en étant vigilant à
la maîtrise de la vigueur :
- Diminuer le rapport feuilles / fruits :
Ce rapport est établi aujourd’hui entre 1 et 1,5
m² de Surface Foliaire Exposée (SFE) par kilogramme
de raisins en fonction de la région viticole. Une baisse de
ce rapport entraîne un retard végétatif
dès la véraison. La diminution de ce rapport
feuilles / fruits peut s’obtenir par rognage, de
manière à réduire la hauteur de la
haie foliaire.
Néanmoins, il faut raisonner cette opération, car
un rapport feuilles / fruits trop faible a pour conséquence
une baisse qualitative de la maturation. En outre, on observe des
difficultés d’accumulation des sucres dans les
parties pérennes, en particulier les racines, qui induisent
des accidents physiologiques du type chloroses dans les
années consécutives.
Enfin, dans le cadre de la réforme des agréments,
certains projets de cahiers des charges prévoient de cadrer
très précisément le rapport feuille /
fruit : dans ce cas, ce paramètre ne pourrait être
un levier exploitable pour moduler la précocité
de la vigne.
- Augmenter le potentiel de rendement à la taille
puis engager ultérieurement
l’élimination des rameaux et des raisins
excédentaires :
Le fait de conserver jusqu’à la
véraison une charge de rameaux et de raisins plus importante
que la norme recherchée permet de ralentir le cycle
végétatif. En pratique, cela consiste
à opérer une taille plus longue et un
ébourgeonnement moins sévère. Puis
éliminer au dans les 15 jours de la véraison les
grappes (vendanges en vert) et les rameaux en excédent.
On sait que les opérations de vendanges en vert sont
coûteuses en main d’œuvre et la
réalisation de cette opération par intervention
mécanique ou chimique n’est pas envisageable
à ce stade. Certains types de taille permettent une
suppression d’une partie des rameaux fructifères
moins coûteuse. Ainsi, avec une taille longue de type guyot,
la pré taille de la partie terminale de la branche
à fruit (long bois) qu’on laisserait
sécher sur le cep représente une
opération peu exigeante en terme de main
d’œuvre. En revanche, en taille courte (cordon,
gobelet), la suppression anticipée des rameaux
surnuméraires est plus complexe et plus coûteuse.
- Limiter le défeuillage du cordon de raisin :
L’effeuillage de la zone des grappes entraîne une
réduction de l’acidité des
moûts, en particulier au niveau de l’acide malique,
alors même que la précocité des
maturités liées au réchauffement
climatique entraîne déjà un manque
d’acidité. L’effeuillage devra donc
être particulièrement raisonné dans les
années à venir : engager un effeuillage tardif
(début véraison), le limiter au niveau du cordon
de raisins et l’envisager d’un seul
côté, en conservant le feuillage coté
soleil levant.
Allonger le cycle
végétatif de la vigne en modifiant
structurellement le vignoble
En cas de renouvellement du vignoble, certaines actions peuvent
être envisagées :
- Densité de plantation plus faible :
L’augmentation de la distance interligne des rangs de vigne
et donc la baisse de la densité de plantation
combinée à de faibles hauteurs de
végétation sont des moyens
avérés de rallonger le cycle
végétatif et donc de freiner la maturation.
Bien sûr ceci ne peut s’envisager que dans la
limite des décrets d’appellation. Une
réflexion sur ce sujet devra vraisemblablement
être débattue au sein des instances de
décisions concernant les densités de plantation.
Dans le contexte d'une évolution climatique
caractérisée par une augmentation des
températures, ce sont les cépages les plus
précoces qui ont des comportements les plus
marqués.
Quelques exemples : pour l'Aquitaine : le Merlot et le Sauvignon. Pour
le Languedoc-Roussillon : la Syrah. Ce sont naturellement eux qui ont
des réactions les plus marquées
vis-à-vis de l'évolution climatique avec une
surmaturité plus ou moins importante selon les
années.
Sur le plan variétal, pour répondre aux
évolutions climatiques, 2 voies sont à explorer :
- Conserver les cépages
traditionnels et jouer sur :
o - des clones plus tardifs (soit une
nouvelle donne d'expérimentation puisque jusqu'ici la
tendance était à la recherche de clones plus
précoces)
o des portes-greffes plus tardifs (mais
dans ce cas, attention à l'expression de vigueur qui est
souvent associée)
Cette voie implique l'exploitation des conservatoires sur le
critère sélectif précoce/tardif.
- Changer de cépages,
notamment pour les parcelles les plus précoces, et
réserver les cépages précoces aux
parcelles les plus tardives.
Maîtriser le
stress hydrique de la vigne
Le stress hydrique peut se définir comme le rapport entre la
quantité d'eau nécessaire à la
croissance de la plante et la quantité d'eau disponible dans
son environnement, sachant que la réserve d'eau utile pour
la plante est la quantité d'eau du sol accessible par son
système racinaire. Il n’y a pas de
conséquences systématiquement
négatives du stress hydrique. Certaines observations
montrent même une corrélation entre une richesse
en composés Il y a donc 3 actions complémentaires
à mener sur le plan de la conduite du vignoble pour
maîtriser le stress hydrique :
- Augmenter la capacité de rétention en
eau des sols :
Il s’agit de favoriser la réserve utile des sols,
c'est-à-dire la capacité de rétention
en eau afin que les racines puissent exploiter pendant la
période végétative le maximum
d’eau des précipitations. Plusieurs actions
complémentaires peuvent être envisagées
:
- Décompactage des sols (et
non pas sous solage), au minimum un rang sur deux avant le
début de l’hiver.
- Equilibrer le complexe argilo humique
par des apports raisonnés de matière organique.
En outre, les apports de matière organique permettent de
contrer les carences azotées qui sont de plus en plus
constatées dans les moûts et rendent les
fermentations difficiles.
- Limiter les déperditions d’eau
Plusieurs actions peuvent être engager, qui limiteraient les
déperditions d’eau de la réserve utile
des sols :
- un travail de surface au printemps,
après les risques de gel et ce jusqu’à
la fin de l’été, permettrait de couper
les remontées capillaires (notamment sous le rang pour les
vignes enherbées).
- Pour les vignes enherbées,
o gérer
l’engazonnement 1 rang sur 2. Alterner d’une
année sur l’autre l’enherbement du rang
et travail du sol sur l’autre rang. Ceci pose la question de
l’enherbement naturel, dont il est plus facile
d’envisager une destruction chaque année.
o engager des tontes à raz
pour limiter l’évapotranspiration de
l’herbe
o renvoyer les résidus de
tonte sous le rang pour préserver de
l’évaporation, l’eau qui remonte par
capillarité sous le rang
o en cas de stress hydrique trop
important, diminuer la concurrence hydrique de l’enherbement
en défoliant le gazon ou même en retravaillant
entièrement le rang.
- Possibilité
d’appliquer un mulch sous le cavaillon à base de
cellulose, pour préserver de
l’évaporation, l’eau qui remonte par
capillarité sous le rang
- Limiter l’évapotranspiration de la
vigne
La demande en eau de la plante est déterminée par
le niveau de transpiration ou évapotranspiration, qui se
déroule au niveau des stomates se trouvant sur les feuilles.
Or c'est également par ces stomates que le gaz carbonique
(CO2) pénètre dans les feuilles où il
est utilisé pour la synthèse de sucres dans le
processus de photosynthèse. La plante pratique une
transaction de type eau contre carbone : c'est lorsque le CO2
pénètre par les stomates que l'eau de la plante
s'échappe massivement. Cette transpiration
nécessaire explique donc pourquoi les plantes ont des
besoins en eau si importants par rapport à leur taille.
Plusieurs solutions peuvent être envisagées :
- Éliminer les pampres et les
anticipés afin de limiter les surfaces de feuilles qui
participent à l’évapotranspiration sans
apporter de gain significatif à
l’activité photosynthétique de la vigne
;
- Appliquer sur la partie
végétative de la vigne des solutions qui en plus
d’une action engrais sont susceptibles de limiter
l’évapotranspiration de la vigne au niveau des
stomates :
o calcium en nano particules,
o produits osmos protectants à
base d’algues
o Potassium
Compte tenu du changement climatique et les hypothèses
émises sur son évolution, la maîtrise
de la réserve utile devra passer dans les années
à venir par un apport maîtrisé et
raisonné d’eau à la vigne. Il y a deux
enjeux :
- une bonne gestion du stress hydrique
est un facteur qualitatif : un manque d’eau trop important
abouti a un blocage du cycle végétatif alors
qu’un léger stress hydrique ne fait que ralentir
le cycle de la vigne, propice à retarder la maturation. En
outre, un léger stress hydrique favorise la
synthèse des composés phénoliques.
- La gestion et la répartition
de l’eau dans chaque bassin versant seront un enjeu de plus
en plus important dans les années à venir.
C’est pourquoi le développement dès
maintenant de modèle de suivi et de réseaux de
mesure des contraintes hydriques est très important, avec
notamment :
o des méthodes et outils de
diagnostic de la contrainte hydrique
o des techniques d’irrigation
adaptée à la vigne
o l’évolution de la
réglementation en matière d’irrigation
des vignes
b- Conduite du chai :
► Ce qui faut retenir :
Dans le contexte de l’évolution climatique, les
caractéristiques des raisins et des moûts qui sont
donnés à vinifier vont continuer à
évoluer. Des actions peuvent être
envisagées pour rééquilibrer les
valeurs de certains critères à des seuils plus
adaptés.
o Diminuer le pH des vins :
Acidification des vins
Abaissement du pH par la technologie
soustractive
o Éliminer le sucre des
moûts ou l’alcool des vins par la technologie
soustractive
Réduction de la teneur en
sucre des moûts
Désalcoolisation des vins
o Faire ressortir le caractère
fruité des vins par macération pré
fermentaire à chaud
o Limiter le degré
d’alcool en utilisant des levures à faible
rendement
► Pour en savoir plus :
Diminuer le pH des vins
Avec l’évolution climatique, on constate des vins
présentant des acidités plus faibles et des
niveaux de pH plus élevés. Or
l’acidité joue un rôle important sur les
caractéristiques organoleptiques des vins. En outre, les pH
élevés favorisent les
phénomènes d’oxydation et les
développements microbiens indésirables.
C’est pourquoi les techniques visant à amener le
pH à des valeurs conformes sont à envisager :
Acidification des vins
Dans le contexte réglementaire actuel,
l’acidification est une opération difficile
à maîtriser et la prédiction du pH
résultant peut être approximative. C’est
pourquoi c’est une opération délicate.
Abaissement du pH par la technologie soustractive
Des procédés électromembranaires sont
en cours d’expérimentation. Elles permettent
d’extraire les charges cationiques des vins, cause de pH trop
élevés. Les règles
œnologiques de ces procédés restent
à établir en Europe.
Éliminer le sucre des moûts ou l’alcool
des vins par la technologie soustractive
L’enjeu de la mise au point des
procédés technologiques est de parvenir
à éliminer suffisamment de molécules
d’éthanol tout en gardant les qualités
originelles des vins traités, avec des coûts de
production qui ne nuisent pas à la
compétitivité. Les traitements thermiques peuvent
avoir des conséquences négatives sur les vins. La
réduction de la concentration en éthanol peut
s’accompagner conjointement du risque de
l’élimination de composés volatils dont
certains peuvent avoir un rôle déterminant sur
qualité organoleptique du vin. En Europe, l’image
du fractionnement fait débat, en considérant
qu’après une étape de
séparation de phase, les produits obtenus ne correspondent
plus à la définition du vin, en particulier si
les fractions obtenues doivent circuler pour subir une autre
étape de traitement afin de rétablir la
composition initiale.
C’est sans doute pourquoi la réglementation en
matière de techniques soustractives est encore
très rigide.
Réduction de la teneur en sucre des moûts :
Les vendanges trop riches en sucre amènent non seulement des
degrés alcooliques très
élevés, mais peuvent également
entraîner des difficultés dans la gestion des
fermentations. De nouvelles techniques existent ou sont en cours
d’expérimentation pour réduire la
teneur en sucre des moûts. Les procédés
appliqués sur moûts sont
réputés moins pénalisants que
lorsqu’ils s’adressent au vin. En revanche, toute
intervention supplémentaire pendant les vendanges est
susceptible de nuire à la bonne organisation du chai.
Désalcoolisation des vins
Il existe plusieurs techniques permettant
d’éliminer une partie de
l’éthanol des vins : l’osmose inverse,
l’évaporation à plateaux tournants
(Spining Cone Column), les contacteurs à membrane ou encore
la distillation sous vide, technique en cours
d’expérimentation.
Ces techniques demandent de gros moyens technologiques et toutes ne
sont pas autorisées en Europe.
Faire ressortir des caractères fruités par la
macération pré fermentaire à chaud
La thermovinification consiste à opérer une
macération préfermentaire à chaud.
Cette technique qui favorise les notes fruitées.
C’est une technique onéreuse qui demande de gros
moyens technologiques.
Agir sur les fermentations en utilisant des levures à faible
rendement
Beaucoup d’expérimentations sont en cours,
certaines mettant en œuvre des levures hybrides,
d’autres des levures autres que saccharomyces.
Néanmoins, les levures qui ont peu de rendement alcoolique
ont souvent une faible tolérance à
l’alcool. D’autre part, ces levures sont exigeantes
et demande des conditions optimums en terme de régulation
thermique et de disponibilité de ressources
azotées pour mener les fermentations à leur
terme. Cette piste n’offrira vraisemblablement pas de
solutions à court terme pour les prochains
millésimes.
Conclusions
:
Par Gérard LAURENT, Président de la Commission
Innovation et Technologie des Vignerons Indépendants de
France.
Une année chaude, c'est plutôt une "bonne
année" et c'est la tendance depuis une vingtaine
d'années, indiquait Bernard Séguin (INRA Avignon)
dans une interview publiée en octobre 2006.
En effet, de tout temps, les efforts de la recherche, de
l’expérimentation et de la production se sont
portés à favoriser la maturité des
raisins. L’évolution climatique est donc, pour
l’instant, une bonne chose : des températures
moyennes plus élevées qui favorisent des raisins
plus sucrés et moins acides. Des régimes de
précipitation marquant des périodes de stress
hydrique plus marqués qui peuvent dans une certaine mesure
favoriser des vins colorés et complexes sur le plan
aromatique. Sans parler de la chaptalisation, nécessaire
lors des années dites difficiles par manque de soleil et de
maturité des raisins, qui est une pratique à
laquelle, nous, vignerons avons eu de moins en moins besoin de recourir
depuis ces 10 dernières années.
Mais dans cette même interview, Bernard Séguin
s’empressait de préciser : "C'est bon parce qu'on
est dans la gamme d'un ou deux degrés de plus, mais quand
vous allez au-delà, vous ne savez plus trop ce qui peut
arriver".
Or, tous les scénarios et modèles scientifiques
présentés par Joël ROCHARD (IFVV) lors
de cette journée technique concluent, sans aucune
ambiguïté, à une poursuite de
l’évolution climatique marquée par des
températures moyennes annuelles qui pourront augementer de
1,4 à 5,8° C d’ici 2100,
c'est-à-dire à l’échelle de
la viticulture : demain.
Les conséquences sur le cycle
végétatif de la vigne et la qualité
des raisins sont parfaitement connues. Elles sont constatées
aujourd’hui dans des régions qui
présentent des cépages en limite de
précocité : la Syrah en Languedoc-Roussillon, le
Merlot en région bordelaise. Quelque soit notre
région viticole et les cépages
cultivées, nous devons prendre conscience que cette
évolution nous concerne tous : les problèmes de
surmaturité, manque d’acidité,
découplage des critères de maturité eu
encore blocage de cycle végétatif
rencontré dans certaines régions, sont les
problèmes que tout vigneron aura à
gérer dans les prochaines années, au regard de
l’évolution climatique.
En définitive, c’est sans doute une
évolution de nos mentalités que nous devons
opérer : de tout temps, nos efforts ont porté
à favoriser la maturité de nos raisins.
Aujourd’hui, nous entamons une nouvelle aire :
l’évolution climatique faisant, dans un
délai de moins de 50 ans, beaucoup de nos cépages
vont se trouver en limite de précocité : pour
1°C de température moyenne gagnée, les
vendanges sont avancées de 10 jours : nos efforts devront se
porter à maîtriser cette
précocité en freinant la maturité.
Pour ce faire, nous disposons de pistes pratiques que nous ne devons
pas négliger : elles ont été largement
développées lors de cette journée
technique par nos différents intervenants. Il n’y
a aucune solution individuelle satisfaisante, mais encore plus
qu’avant, le raisonnement de nos pratiques viticole et
œnologique sera la clef de notre adaptation.
Mais pour que nous puissions faire évoluer ces pratiques, il
faudra également que la réglementation
évolue sur le plan européen. Plus proche de nous,
la rédaction en cours des cahiers des charges de production
établis dans le cadre de la réforme des
agréments, devront impérativement prendre en
compte le nouvel environnement climatique des prochaines
années : les solutions techniques qu’offres
l’irrigation raisonnée, la baisse des
densités de plantation, la baisse du rapport feuille /
fruits ne doivent pas être des pratiques interdites.
Mais à terme, ceci ne sera pas suffisant : c’est
pourquoi il est important que dès à
présent, la recherche et
l’expérimentation
s’intéressent aux solutions pratiques à
mettre en œuvre à l’horizon 2100 :
porte-greffes, clones, cépages, densité,
irrigations, opérations culturales, technologies
soustractives de sucre ou d’alcool, acidification, etc.
Un beau challenge collectif pour la filière toute
entière !
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